Histoire de la Vigne (2)

Rédaction : Jean Damasle 21 mars 2015

(suite de l’article paru au mois de février 2015)

Les autres influences

A travers les époques qui suivirent, nos quatre variétés prirent de l’extension, aidées en cela par l’essor du christianisme qui recommandait la culture de la vigne. Une lente mutation naturelle s’opéra donnant ainsi naissance à une multitude de nouveaux cépages s’adaptant de mieux en mieux aux conditions climato géologiques du milieu. Il en résulta finalement une très grande variété d’hybrides dont l’héritage se trouve être parmi tous les cépages cultivés aujourd’hui. C’est ainsi qu’en France, on en connaît environ 200 qui concrétisent l’aboutissement d’une suite d’améliorations naturelles ou opérées par des dizaines de générations de vignerons.

Le processus se déroula parfaitement jusqu’au jour où, vers 1860, un vigneron du Gard fit l’acquisition d’une importante quantité de vignes américaines. L’Europe se doutait bien peu des conséquences dramatiques qu’allait causer cette importation. En effet, ces vignes étaient porteuses d’un insecte qui allait ravager le vignoble européen; c’était le phylloxéra.

 

La crise due au phylloxéra

vigne_1Avant 1860, toutes les vignes d’Europe étaient d’origine «franche de pied». Elles possédaient leur propre souche et se reproduisaient par semis, bouturage ou marcottage.
Dès 1863, le phylloxéra provoqua une épidémie qui dévasta tous les vignobles d’Europe en moins de 25 ans. Ruinés, les vignerons sombrèrent dans le plus profond découragement car rien n’avait été découvert pour l’éradication du mal.
Un jour, quelques chercheurs acharnés découvrirent enfin que certains pieds américains restaient insensibles à la morsure de l’insecte. L’ampélographe américain Munson leur recommanda vivement les Vitis Riparia, Rupestris, Berlandieri et Solonis, inconnues chez nous.
Mais si les variétés américaines contournaient le fléau, elles posaient un nouveau problème par leur médiocre comportement sur les grands terroirs et les sols pauvres. Seules, les terres riches des plaines leur convenaient mais pour ne donner que des petits vins. C’en était bien fini des grands crus !
A la fin de 19ème siècle, alors que le marasme perdurait depuis près de 30 années, un vigneron du Lot, Jacques LATAPIE fit une découverte qui allait relancer la viticulture. Puisque les souches américaines pures supportaient mal les sols d’Europe, il les hybrida avec des souches d’origine Vinifera.
Il obtint ainsi un métissage chromosomique conférant à la nouvelle plante les caractéristiques du géniteur européen mais avec la résistance au phylloxéra. Les résultats de culture furent probants et ils emportèrent l’adhésion de tous les vignerons français. Finalement, après de nombreuses expériences, toute la viticulture européenne adopta le nouveau procédé. Le mal était anéanti.
C’est à cette époque que la profession de pépiniériste viticole prit un envol fulgurant. Plus jamais, les vignerons, habitués à multiplier leurs vignes eux-mêmes, ne pourraient se passer d’elle.

 

Les genres de Vitis

vigne_2Les spécialistes estiment qu’il y a, à travers le monde, plus de 4000 cépages issus d’une cinquantaine de genres différents. Seules 8 espèces méritent toute notre attention.

  • VITIS VINIFERA : espèce européenne
    vulnérable au phylloxéra.
  • VITIS AMURENSIS : d’origine sibérienne. Elle a été hybridée avec succès dans les pays d’Europe de l’est et en Allemagne. Elle est très difficile de reprise à la greffe.
  • VITIS LABRUSCA : sa résistance au phylloxéra s’est révélée assez peu fiable en Europe.
  • VITIS BERLANDIERI : se joue du phylloxéra et s’adapte facilement au sol calcaire. Malheureusement la reprise de la greffe est laborieuse et l’enracinement difficile. C’est pourquoi son croisement avec VITIS RUPESTRIS a permis d’augmenter sa résistance à la sécheresse et de provoquer un enracinement plus aisé.
  • VITIS RUPESTRIS : résiste bien au phylloxéra, mais son comportement dans les sols calcaires est médiocre. Elle fut donc hybridée avec la BERLANDIERI et la RIPARIA.
  • VITIS RIPARIA : doit être impérativement hybridée car elle ne supporte pas les sols calcaires. Sa reprise est facile et elle résiste bien au phylloxéra.
  • VITIS CANDICANS : n’est plus utilisée qu’aux Etats-Unis pour son bon comportement à la sécheresse.
  • VITIS AESTIVALIS : dont la résistance phylloxérique est trop faible pour intéresser les vignerons d’Europe.

 

Jean Damas

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Publication originale dans « La Porte Ouverte » 335, avril 2015

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